Jacques Bonhomme

Le personnage de Jacques Bonhomme incarne le peuple révolté depuis le Moyen Age. Le chef de l’insurrection populaire, la grande Jacquerie du printemps 1358, qui flambe de la Normandie à la Champagne s’appelle en fait Guillaume Caillet, ou Callet, ou Cale, mais Jacques était certainement dans ces régions le prénom le plus commun ; il a également servi à désigner la tunique courte matelassée (la « jacque », qui a donné la « jaquette ») que ces paysans portaient en guise de haubert.

La Guerre de Cent Ans commence en 1337, la grande peste apparaît en 1348 et la noblesse, honteusement battue à Crécy (1346) et surtout à Poitiers (1356), est déconsidérée. Le roi Jean le Bon et de nombreux chevaliers sont prisonniers en Angleterre, les impôts s’abattent sur les villes et sur le plat pays pour payer les rançons. Les bourgeois de Paris se révoltent également sous la conduite du prévôt des marchands Étienne Marcel qui favorise la révolte populaire avant de se retourner contre elle. Les paysans isolés et inexpérimentés sont vite massacrés, mais ce terme de Jacques restera pour désigner de façon péjorative les vilains, les serfs, le pauvre peuple écrasé de taxes, de vexation et de morgue par les seigneurs.

Cette proto-lutte des classes avait été rappelée dans le courant du XIXe siècle par les écrivains romantiques (Augustin Thierry, Michelet…). L’historien Siméon Luce (qui avait également beaucoup travaillé sur cette autre héroïne populaire du siècle suivant, Jeanne d’Arc) a publié sa thèse d’École des Chartes sur le sujet dès 1859, rééditée en 1894. Adolphe Maujan, élu parisien radical, avait en 1887 fait jouer un drame en cinq actes intitulé « Jacques Bonhomme » qui a pu ranimer l’intérêt pour ce personnage. La pièce semble avoir fait un four à sa création, mais elle est reprise après 1905 au théâtre antique de la nature de Champigny-sur-Marne, comme en témoignent des cartes postales. Si ce drame a inspiré notre triptyque, ce n’est assurément que dans son premier volet qui évoque le soulèvement de la paysannerie affamée. Ce passage en résume l’esprit : « S’il venait une heure où les vilains, où les serfs, où tous les désespérés de la glèbe se levaient terribles, renversant les gibets et les fourches patibulaires, condamnant les bourreaux, écrasant les donjons et demandant enfin compte à leurs oppresseurs de six siècles de misère ! »