Christ laïque

Christ laïque

Le triptyque vu par le peintre lui-même

« Sous le ciel bas qu’assombrit la fumée des incendies, Jacques Bonhomme, las de souffrir, se dresse au milieu des ruines sur la glèbe dévastée. Et par La Violence, il tente de s’affranchir du joug qui ploie son échine.
« Mais la Violence est impuissante et les temps ont marché, la Pensée a jeté son cri de protestation désolée, et Jacques, éclairé par elle, entrevoit maintenant un avenir toujours plus clair, toujours plus beau. A ses pieds cependant le sang coule encore des mêmes plaies sociales ; les crimes et les vices poursuivent leur œuvre sous ses yeux. mais il porte son regard toujours plus haut et ce qu’il voit, c’est une humanité enfin libérée et pacifiée par l’Amour. Ses bras s’ouvrent pour le pardon, le travail est devenu une joie, le laboureur passe en chantant sur le sillon. Plus loin encore, ce sont les foules obstinées, en marche vers les terres fécondes de l’avenir, sous le soleil de la Justice souveraine. »
Description du tableau placée sous la lithographie distribuée lors de l’installation du tableau à la Verrerie

 

Le triptyque vu par la critique

Léon Plée, « Le salon de 1905 », dans Anales politiques et littéraires
« Il y a beaucoup d’envolée dans cette œuvre, qui est conçue en forme de triptyque, et le plus beau des métiers. Certains épisodes du volet central rappellent Delacroix. Mais la partie la plus dramatique est celle où Jacques Bonhomme se dresse, violent et terrible. Dans son regard sanglant, les longues souffrances et la haine ont aboli toute pitié. On y lit des résolutions implacables. C’est la bête et, plus que cela, la brute déchaînée. »

Le Journal, 1905

« J’applaudis à la pensée de M. William Lappara (sic) représentant les Étapes de Jacques Bonhomme, par la violence, par la pensée, par l’amour, et je loue aussi certaines figures, comme celles de Jacques Bonhomme armé de sa faux et du même Jacques ouvrant ses bras pour le pardon à un vieillard vêtu de rouge et d’hermine, mais tous les détails sont trop de même valeur et créent une confusion, surtout sur le panneau central. »

François Crucy, La Société des artistes français : la peinture dans L’art et les artistes, mai 1905, n°2, p. 63
[…] M. Laparra, qui fut « prix de Rome », si j’ai bonne mémoire, envoie cette année au Salon une grande composition décorative intitulée Les étapes de jacques Bonhomme. la composition contient trois scènes, en trois panneaux : la première scène pourrait représenter le passé ; la seconde, qui tient le panneau du milieu, le présent ; la troisième, l’avenir. M. Laparra, auquel un séjour trop prolongé à l’École, aux écoles, a donné l’amour du sujet, a donc voulu représenter Jacques Bonhomme, qui est le travailleur, le « peuple », à des époques différentes. Au premier plan du panneau de gauche, vous reconnaîtrez le figurant principal qui porte à la main son arme, la faux ; au fond, carnages, incendies, fer et feu : c’est l’époque de la violence.
Au second plan du panneau du milieu, vous remarquerez, isolé sur un pic, une figure d’homme nu qui semble monter par la pensée vers la lumière : c’est la seconde époque, époque encore troublée (la guillotine s’érige dans la partie gauche de ce panneau), mais époque qui va s’apaisant au fur et à mesure qu’elle se déroule : la femme qui donne à manger à l’enfant, l’ouvrier à genoux qui regarde en haut, sont, dans la partie droite de ce panneau, figures significatives et symboliques.
Le troisième panneau enfin, conduit par l’amour Jacques Bonhomme à son apothéose…
Il est à prévoir que la toile de M. Laparra fera sensation ; on en admirera la composition, le style et l’idée. A ceux auxquels il pourrait paraître que l’œuvre manque un peu de vie, les amis de l’auteur répondront peut-être que celui-ci et très jeune et qu’il a encore le temps de regarder… du côté de la vie. […]

 

Paul Lafond, dans L’art et les artistes, février 1910, p. 221
Paul Lafond est un des meilleurs amis de Laparra, graveur, conservateur du château de Pau
« Au salon de 1905, William Laparra envoie un nouveau triptyque, ce dernier de dimension inusitée : Les étapes de Jacques Bonhomme. Malgré le côté fatalement humanitariste et littéraire de cette vaste composition, l’auteur a su se garder des développements déclamatoires. La toile est brossée sans fatigue apparente, sans effort sensible ; d’un dessin précis, ferme, nerveux, serré, d’une facture mâle, franche, solide, c’est l’œuvre d’un peintre en pleine possession de son métier, qui a étudié les maîtres, leurs procédés, leur technique, non pour les imiter, mais pour en tirer une réelle originalité, sa propre émancipation… »