Verrerie Ouvrière d’Albi

Verrerie Ouvrière Albigeoise

Présentation de la verrerie



Verrerie Ouvrière d’Albi

Contexte historique de l’œuvre

William Laparra présente cette œuvre engagée au salon des artistes français au printemps 1905. La signature portée en bas à droite du triptyque confirme cette datation.
Il est probable qu’il passe à Albi à ce moment-là et qu’il rencontre les verriers. Le livre d’or de l’Hostellerie Saint-Antoine, restaurant tenu par Émile Rieux, comporte une carte postale du triptyque, envoyée de Rome par l’artiste le 29 mai 1905, avec cette indication manuscrite « Triptyque décoratif pour la Verrerie ouvrière d’Albi. A Monsieur Rieux pour son « livre d’or » avec mon meilleur souvenir ». Le livre d’or lui-même est également signé par William Laparra et l’on peut imaginer qu’il l’a signé à l’avance antérieurement, promettant à l’hôtelier de lui envoyer une carte postale.

Le Cri des Travailleurs, journal socialiste du Tarn, du 15 octobre 1905, n° 396, nous révèle qu’il est d’ores et déjà placé dans la grande salle du Syndicat des verriers et similaires d’Albi et évoque les conditions du don.
« Nous apprenons avec plaisir qu’un peintre de talent, William Lapparat (sic), vient de faire don à la Verrerie ouvrière de son tableau Les Étapes de Jacques Bonhomme, dont le titre est significatif.
« Ce tableau dont les épreuves 51×72 seront tirées et distribuées lors de l’inauguration, mesure neuf mètres de longueur, quatre de hauteur ; il est placé dans la grande salle du Syndicat des verriers et similaires d’Albi.
« Il est temps, dit l’artiste, que l’art qui jusqu’ici n’a été que la propriété des riches et des oisifs, devienne celle des travailleurs ».
« Il est stipulé dans les conditions du don qu’au cas où la Verrerie ouvrière viendrait à disparaître, le tableau sera affecté à une œuvre coopérative, telle que le Vooruit, puissant mouvement coopératif, de Gand.
« Nous n’en sommes pas là heureusement puisqu’il est fortement question de construire un quatrième four à la Verrerie ouvrière, les trois en fonction étant insuffisants pour assurer les débouchés de la grande usine prolétarienne. Mais en admettant cette hypothèse invraisemblable, pourquoi cette page d’histoire française ne resterait-elle pas dans notre pays ? Il ne manque pas de belles et bonnes coopératives où sa place serait toute désignée.

Dans la nécrologie consacrée à son ami William Laparra, en 1920, Célestin Bouglé, nous révèle un point important : l’œuvre n’a pas été composée pour la Verrerie et en pensant à elle :
« Quand l’œuvre fut achevée, Laparra me fit l’honneur de me consulter pour savoir à qui la donner, et je lui suggérai la Verrerie ouvrière. Les ouvriers d’Albi sont fiers, je le sais, de ce don magnifique ; ils le conservent avec un soin pieux, et s’ils remportent encore des victoires, ils ne manqueront pas d’ajouter un laurier au cadre de l’œuvre symbolique auquel ils ont dû, ces jours-ci, attacher un crêpe. »

Célestin Bouglé (1870-1940) est un intellectuel particulièrement important – aujourd’hui bien oublié – de la Troisième République. Agrégé de philosophie, directeur avec Durkheim de l’Année sociologique, il est alors professeur de « philosophie sociale » à la faculté des lettres de Toulouse (1900-1909) avant d’être nommé à la Sorbonne, puis directeur adjoint et directeur de l’École normale supérieure, où il crée le très influent centre de documentation sociale. Collaborateur régulier de La Dépêche, c’est un penseur du radicalisme, très engagé dans la lutte dreyfusarde, la Ligue des droits de l’homme et les universités populaires, théoricien du solidarisme cher à Léon Bourgeois (préfet du Tarn en 18821883, président du Conseil lors du lancement de la Verrerie ouvrière).

 

 


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illiam Laparra revient forcément à Albi le 22 octobre 1906, puisqu’il signe ce jour-là chez le notaire Léon Frezouls l’acte authentique de donation « d’un tableau en forme de triptyque désigné sous le nom de « Étapes de Jacques Bonhomme », qui « est actuellement placé dans les bâtiments de la Verrerie ouvrière à Albi salle de réunion des syndicats. » L’acte se poursuit ainsi :

« Cette donation est faite à la Verrerie ouvrière en tant qu’œuvre socialiste collectiviste. Elle est soumise à la condition expresse que la Verrerie ouvrière conservera ce caractère et ne se transformera pas en une entreprise individualiste.
« Il est en outre entendu que le triptyque faisant l’objet du présent acte ne pourra être ni vendu ni échangé par la société anonyme de la Verrerie ouvrière.
« Si par un fait quelconque ou par une suite de faits et de décisions la Verrerie ouvrière cesse d’appartenir exclusivement aux organisations syndicales ou coopératives socialistes, ou à des organisations analogues ou encore à l’État socialiste, ou encore simplement en cas de liquidation, la présente donation sera nulle et non avenue et M. Laparra ou ses ayant droit pourront en demander la révocation. »
Plus question donc, de don « à une œuvre coopérative, telle que le Vooruit, de Gand », comme évoqué en octobre 1905 dans le Cri des travailleurs, mais affirmation très claire d’un engagement socialiste assumé.